LA LIBRAIRIE DE MOHAMED BOUDAOUD À BAB AZZOUN EST FERMÉE Libraire, un métier en voie d’extinction
Ecrit par :

Louhal Noureddine - Liberté


L'école apprend à entrer dans une bibliothèque, elle n'apprend pas à entrer dans une librairie 

Sale temps pour les libraires ! Alors que sous d'autres cieux les critiques littéraires font part de leur coup de coeur pour des révélations surprise à l'occasion de la rentrée littéraire, à Alger, le coeeur n'est guère propice à la sélection d'ouvrages qui procurent ce plaisir de lire ! Et pour cause, l'effet "domino" a entraîné l'extinction de l'enseigne de la Société algérienne Boudaoud librairies, qui éclairait les esprits de sous les arcades de la rue Bab Azzoun ! Et à y voir le rideau clos et l'épaisse couche de poussière sur des étals vidés de leurs bouquins, l'on conclut, sans crainte d'un démenti, qu'il s'agit bel et bien d'une fermeture. D'ailleurs, l'information est étayée par l'artiste chanteur de châabi Merad, dit Dahmane Nador, le tenancier de la boutique de prêt-à-porter d'à côté.
Ouverte en 1963 par le patriarche Abdelkader Boudaoud au 24/26 et à l'angle de la venelle Saïd-Kerrar qui est perpendiculaire à la rue Bab Azzoun, la librairie était l'éden de la littérature arabe, où affluaient les adeptes du "Nadi Ettaraqi". Avides à l'envi de s'enrichir de ce "congrès de progrès" qui rayonnait sur l'élite locale à l'aide de nouveautés littéraires d'ici et de ce Moyen-Orient des lumières, où scintillait l'idée progressiste qu'ensemençait feu Naguib Mahfoud (1911-2006) dans "Mis'r q'dima" aux côtés du prince des poètes et dramaturge Ahmed Chawki (1868-1932). Pour le souvenir qui fait sourire, la librairie de Mohamed Boudaoud attirait l'essaim de soi-disant enseignants venus de l'Égypte pour instruire prétendument les "Ya Ouled" au lendemain de l'indépendance. Plus qu'une librairie, l'espace de l'avocat Mohamed Boudaoud était aussi ce lieu d'expression qui a concouru, avec l'aide de confrères de la presse, à faire sortir de l'ombre d'authentiques militants de la cause nationale. Mais peut-être bien que le sort de la librairie de Boudaoud était scellé à la citation de Dominique Reynié : "L'école apprend à entrer dans une bibliothèque, elle n'apprend pas à entrer dans une librairie ! En ce sens, et sachant qu'il y a une pléthore d'éditeurs et peu de champ de visibilité pour nos ouvrages, qu'adviendra-t-il de la chaîne du livre sans l'apport du libraire ?, a déploré Noureddine Bekkouche des éditions Zyriab !
D'où il est diagnostiqué un mal-être qui fait grincer l'univers du livre. L'édition ne peut s'épanouir face aux mesures d'austérité, d'autant que les résultats du bilan du Sila d'hier seront identiques à ceux du Sila à venir, étant donné que l'esprit des pouvoirs publics est ailleurs que dans l'assainissement des difficultés auxquelles est confronté le secteur du livre. Donc, il ne s'agit pas d'une stagnation, mais de la chute du livre qui ressort depuis l'an 2013 d'un constat d'éditeurs de métier. En effet, à l'exception du livre scientifique, scolaire et religieux que s'arrachent nos étudiants, le roman en français peine à se frayer étal dans les librairies, a déclaré Karim Chikh des éditions Apic. Autre aberration, la tablette tactile a usurpé la place du livre lors de la traditionnelle cérémonie de fin d'année scolaire. D'où l'exigence de se projeter dans l'avenir, où le livre numérique livre une guerre sans merci au livre en papier, a conclu notre interlocuteur. Toutefois, l'urgence est d'interpeller l'école et la famille qui se doivent de réconcilier l'enfant avec la lecture.

 

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